Ou détection de l’erreur invisible qui fausse vos décisions en réunion.
Temps de lecture 4 minutes
Imagine une réunion.
Sujet du jour : « faut-il construire une voie de déviation pour réduire le trafic sur une autoroute saturée ? »
Autour de la table, chacun apporte quelque chose :
- un chiffre issu d’une étude,
- une conviction personnelle,
- un article de presse,
- une idée “évidente”.
- relais des témoignages (ce que les gens en pensent dehors)
Tout s’enchaîne bien.
Les arguments s’alignent.
La discussion est fluide.
Et justement… c’est là le problème.
Quand tout semble valide
Tant que :
- les éléments s’enchaînent sans friction,
- personne ne bloque,
- le récit global “fait sens”,
alors tout semble valide, même si certains éléments ne sont pas compatibles entre eux.
Simulons alors la réunion pour comprendre l’erreur.
Les faits (étude technique)
- Trafic : +20 % en 10 ans
- Bouchons concentrés aux heures de pointe
- Une déviation pourrait réduire le trafic de 15 % sur l’axe principal
Les opinions dans la salle s’expriment :
- “Plus de routes = plus de fluidité”
- “Il faut agir vite”
- “C’est une solution concrète”
Les journalistes scandent :
- “Un projet attendu pour désengorger la région”
- “Une réponse logique à la hausse du trafic”
- “Quelques experts évoquent un risque d’effet inverse à long terme”
Et les micros-trottoirs disent :
- Passant 1 (favorable) “Si on ajoute une route, forcément ça circule mieux. C’est du bon sens.”
- Passant 2 (favorable) “Moi je suis bloqué tous les matins. Si on peut contourner, je prends direct.”
- Passant 3 (opposé) “De toute façon les routes c’est nul, il faudrait tout interdire et revenir aux chevaux.”
Une impression de logique…
Tout converge :
- les chiffres montrent un problème,
- les opinions proposent une solution,
- les médias la rendent évidente,
- deux passants confirment,
- et l’avis contraire paraît hors des clous ou caricatural.
Conclusion implicite :
“Construire une nouvelle déviation est la décision logique.”
…mais trois incohérences arrivent là où on ne les attendait pas.
Si nous mettons réellement les éléments en relation :
- Le problème est ponctuel (heures de pointe)
- La solution est permanente (nouvelle route)
→ c’est un décalage formel que peu de gens envisagent.
- Certains experts évoquent un effet d’augmentation du trafic.
- Mais cette information est noyée dans un ensemble favorable.
→ Cette contradiction est peu explorée, car là aussi, on n’envisage pas le futur : « Et après ? »
- Enfin, l’opposition est discréditée.
→ Dans ce cas précis, il y a absence de contradiction sérieuse.
Ce qui se passe réellement
Une cohérence se forme… mais elle est biaisée :
- les éléments compatibles sont renforcés,
- les éléments gênants sont ignorés ou affaiblis,
- l’opposition n’est pas prise au sérieux.
C’est une cohérence apparente.
Créer une réelle cohérence collective (méthode appliquée à cet exemple)
Objectif : Forcer la confrontation des éléments avant de décider
Étape 1 — Mettre à plat les éléments
Sur un tableau, séparer clairement :
- Faits
- Opinions
- Relais (médias, témoignages)
Exemple :
| Type | Contenu |
|---|---|
| Fait | +20 % de trafic |
| Fait | bouchons aux heures de pointe |
| Opinion | “plus de routes = solution” |
| Média | “solution attendue” |
| Témoignage | “ça ira mieux” |
→ On évite de tout mélanger.
Étape 2 — Forcer les liens
Poser des questions simples :
“Ce fait soutient-il réellement cette opinion ?”
“Est-ce que ces deux éléments sont compatibles ?”
Application :
- Bouchons ponctuels ↔ solution permanente → c’est une incohérence soulevée
- Réduction locale ↔ augmentation globale évoquée → c’est une tension à analyser
Étape 3 — Réintroduire une contradiction crédible
Problème observé :
- l’opposition existante est faible (car caricaturale)
Action :
- formuler une opposition sérieuse à partir des faits
Exemple :
“Si la déviation attire plus de trafic à moyen terme, est-ce qu’on ne déplace pas simplement le problème ?”
→ on recrée une vraie tension utile.
Étape 4 — Tester la solidité de la décision
Avant de conclure, poser 3 questions :
- Qu’est-ce qui contredit notre solution ?
- Qu’est-ce qu’on ignore ou minimise ?
- Est-ce que la solution répond exactement au problème identifié ?
Étape 5 — Décider en connaissance des tensions
Deux cas possibles :
- soit les incohérences sont levées → décision renforcée.
- soit elles restent → décision ajustée, reportée ou annulée.
Exemple ici :
- envisager une solution ciblée sur les heures de pointe
- ou combiner plusieurs leviers
Pour conclure
Une décision collective ne devient solide que si :
- les éléments sont distingués,
- leurs liens sont testés,
- les contradictions sont recherchées activement.
Sans cela, une réunion peut produire une décision très cohérente en apparence mais fragile dans sa construction.
La cohérence collective est une méthode qui doit être appliquée en réunion pour des résultats concordants, fiables et pérennes dans le futur.
Cet article vous a plu ? Il est inspiré de l’article d’Alex Si Magicien Mentaliste Conférencier.


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